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(Pierre Affre avec l’aimable autorisation du magazine « Pêches Sportives ») Prendre un gros saumon avec une canne en refendu équipé d’un moulinet ancien est un plaisir à nul autre pareil.
Personnellement il y a bien longtemps que je ne vois plus aucun intérêt, mis à part le plaisir de lancer en « Spey cast », à combattre un saumon, fut-il très gros, sur une canne en carbone de 15 pieds, équipée qui plus est d’un moulinet avec un frein à disque…..où est le sport….quelle chance a le poisson de gagner la partie… et surtout quel plaisir peut éprouver le pêcheur dans une telle confrontation, aussi disproportionnée…Au tarpon, au sailfish, au permit, il vaut mieux disposer d’un moulinet à mouche avec un frein, mais au saumon je ne me souviens pas d’avoir perdu un seul poisson (et j’en ai pris quelques gros dans des endroits difficiles) pour cause d’absence de frein sur mes moulinets. Si le pêcheur n’est pas capable d’arrêter un saumon, une grosse truite de mer ou même un bonefish en freinant avec ses doigts et en utilisant un moulinet avec un simple cliquet, il vaut mieux qu’il opte pour un autre sport, qu’il joue au golf ou à la pétanque, mais laisse les poissons tranquilles.
Je me souviendrais toujours sur la Kharlovka, quand, après avoir cassé la manivelle de mon vieux St Georges, Jacques Montupet me prêta le Bogdan de « secours » qu’il avait dans sa musette. Nous étions fin juin sur les bords du Barrel pool, la Kharlovka était très haute et les saumons que nous prenions depuis trois jours étaient grands, méchants et couverts de poux de mer. Je remplaçais aussitôt sur le talon de ma 9 pieds mon St Georges par le Bogdan et continuais de peigner le grand courant de tête du Barrel…Au troisième ou quatrième lancer, badaboum! j’accroche un 11/12 kg tout frais qui décide après deux ou trois hésitations vers l’amont de repartir à toutes nageoires vers la mer de Barentz qu’il avait quitté j’en suis sûr depuis moins de trois ou quatre heures. Jacques m’avait réglé le frein du Bogdan sur la position 6. Si un gros poisson descend, m’avait-il prévenu, tu peux lui mettre « Bogdan 8 ou même 9 » en poussant le levier de tension du frein…Coimme mon poisson était gros et descendait, et que dans l’eau jusque sous les bretelles, je ne pouvais revenir vite vers la berge pour tenter de le suivre, je lui ai mis « Bogdan 9 » et l’ai asphyxié en moins de cinquante mètres…Je l’ai arrêté bien avant qu’il n’atteigne les rapides de la queue du pool, en plein milieu du Barrel, son deuxième démarrage contre Bogdan 9 lui permit de prendre trente metres et une troisième tentative alors que son pauvre coeur devait être près d’exploser, sortit péniblement vingt metres du moulinet. J’échouais ce spendide poisson sur les galets moins de dix minutes après qu’il eut mordu. A aucun moment mes doigts n’avait eu besoin d’appliquer la moindre tension sur la ligne, ou sur les flasques internes de la bobine, je n’avais pas eu besoin de courir sur les galets pour le suivre et le poisson était là à mes pieds, vaincu non par mon savoir faire, mais par la technologie du frein à disque que Stanley Bogdan incorpore dans ses moulinets….Jacques n’a pas compris quand je lui ai rendu son Bogdan , quand j’ai remis mon St georges et que j’ai taillé un petit morceau de bois dans une branche de bouleau, pour faire une “poupée” (manivelle amovible) me permettant de mouliner en l’introduisant dans un des nombreux trous qui ajourent la bobine du Saint George. Et j’ai continué de pêcher pour le reste de la journée avec un petit bout de branche en guise manivelle. Le fait de toucher du bois a dû me porter chance puisque j’ai encore pris trois magnifiques poissons, mais qui eux c’est le cas de le dire, m’ont tous donné du fil à retordre, m’ont fait courir sur les galets et m’ont abrasé la pulpe de l’index et du majeur de la main gauche. Mais, ces saumons là, je pense les avoir mérité et vaincu à la loyale. Qu’il soit nécessaire dans les grandes rivières écossaises, norvégiennes voire françaises comme le Gave ou l’Allier autrefois, d’employer des cannes à deux mains de 14 ou 15 pieds pour bien peigner les pools, c’est ce que j’ai cru également pendant une dizaine d’années. Et puis je me suis rendu compte qu’avec un peu de pratique de la double traction et une canne de 9 pieds, il était possible de lancer aussi loin et de prendre autant de poissons qu’avec une canne à deux mains. Même sur des rivières aussi larges que la Yokanga ou la Kola, en juin alors que la fonte des neiges continuent de les alimenter, je n’ai jamais pêché qu’avec mes 9pieds pour soies 8/9 autrefois en carbone et maintenant en bambou.
En dehors du plaisir qu’il y a à pêcher avec un bel objet, une canne en refendu apporte d’autres satisfactions et même des avantages certains, notamment dans la lutte avec le poisson. Tous les pêcheurs qui utilisent encore du refendu pour pêcher la truite, le saumon ou tout autre espèce, vous diront qu’ils décrochent en cours de bagarre, beaucoup moins de poissons qu’avec les cannes en fibre de carbone. Pour pêcher également de temps à autre avec des cannes en greenheart, véritables “queue de vache”, je témoignerai que s’il fallait utiliser un type de canne pour avoir le maximum de chances d’amener un saumon au sec, une fois qu’il a mordu, c’est ce matériau qu’il faudrait choisir. Je pense que la nervosité du carbone, sa rigidité, son temps de réponse quasi instantané à toute sollicitation, notamment aux coups de tête du poisson, font que ce dernier ressent comme autant de décharges électriques les impacts que les fibres de carbone lui transmettent en retour de chacune de ses contorsions. Et ce d’autant plus que l’action de la canne est de “pointe”, tendance actuelle de beaucoup de fabricants qui privilégient le lancer pour atteindre des distances toujours plus grandes au détriment de la tenue du poisson. Pour les anciens qui ont commencé avec le refendu, sont passés à la fibre de verre, avant d’investir dans le carbone, souvenons-nous, y compris et peut-être d’ailleurs encore plus, avec les cannes à lancer, de l’augmentation du nombre de poissons perdus, décrochés en cours de bagarre, quand de la fibre de verre creuse nous sommes passés au carbone. Je me souviens que sur le Gave d’Oloron, à la fin des années 70, les derniers professionnels à la ligne, cherchaient partout à racheter des vieilles et pourtant lourdes Télébolic à lancer (en fibre de verre) de Pezon et Michel, décrochant avec les cannes “Plateau” en carbone autant de saumons qu’un curé pouvait en bénir, comme disait Raymond Pourrut. Il en était de même d’ailleurs avec les cannes à mouche saumon “première génération” en carbone dont la fameuse 16 pieds Navarrenx de la firme Plateau qui a dû sauver beaucoup plus de saumons que tous les efforts du Cogepomi et de Migradour réunis. Cette canne était une véritable trique qui permettait certes à d’athlétiques pêcheurs d’allonger 35 bons mètres de ficelle, mais entrainait en cours de bagarre le décrochage de la plupart des saumons qui avaient été ferrés.
Mais alors me direz-vous, pourquoi ne pas pêcher avec des cannes en greenheart plutôt qu’en refendu? Pour au moins trois bonnes raisons: il n’est pas toujours trés pratique de se promener avec une canne “spliced” que l’on a soigneusement “scotché” pour la semaine et que l’on hésite à démonter. Lancer avec ces cannes demande une adaptation certaine et seul un lent spey cast permet de dépasser avec une 12 pieds la quinzaine de metres. Enfin, la matière sombre, presque noire du greenheart n’est pas très heureuse et loin en tous cas de la beauté blonde d’une canne en refendu agrémentée de ces interligatures “crimson” qui sont là pour nous rappeler les dizaines d’heures de main d’oeuvre nécessaires à leur réalisation. Et puis les modèles en refendu de Hardy, Farlow, Sharpe ou même Pezon, tiennent trés bien les saumons et sont tout de même plus agréables à utiliser que les greenhearts. Exception faite de la fabuleuse série des Hollolights de Hardy, realisées en bambou évidé comme les fameuses Winston, je ne vous conseillerai pas de passer au refendu avec une canne de plus de 12 ou 13 pieds. A partir de 14 pieds et à fortiori 15 pieds (longueur la plus communément utilisée aujourd’hui en carbone), les cannes en refendu sont trop lourdes. En revanche de 10 à 12 pieds, la plupart des Hardy, Sharpe’s ou Farlow restent dans des gammes de poids trés raisonnables. Ainsi une Hardy Wye de 11 pieds, un des modèles que je préfère, ne pèse que 330 g et se trouve parfaitement équilibré par un petit Perfect. C’est en outre une canne très puissante, permettant de combattre sans problème des poissons d’une dizaine de kilos. N’oublions pas que la rivière Wye, au Pays de Galles, quand cette canne a été créée, était renommée pour ces très gros saumons. Les fameux modèles AHE Wood (mesurant toutes 12 pieds mais disponibles en trois puissances, N°1, 2 ert 3) toujours de chez Hardy pèsent entre 265 g et 395 g. Ces cannes sont selon leur puissance parfaites pour pêcher pratiquement partout et j’ai pris avec elles de trés gros saumons sur la Kola. Elles lancent merveilleusement en Spey Cast jusqu’à une bonne vingtaine de metres (distance largement suffisante pour piquer 80 % des saumons n’importe où dans le monde), et si vous voulez, sans vous fatiguer lancer plus loin, il est facile de les equiper d’une “shooting head” de 8 ou 9 mètres de long suivi d’un bon running line, ce qui vous permettra alors facilement d’atteindre 25 à 27 m et quand le vent sera avec vous de placer votre mouche à une trentaine de metres. Une petite combine que j’utilise pour mieux lancer, quand il y a du vent, au lieu d’utiliser une “shooting head” flottante qui offre dans les N° 10 à 12 trop de prise au vent, j’opte pour un morceau de soie « intermediate » qui graissée au Mucilin toutes les trois heures, flotte aussi bien qu’une soie flottante. Beaucoup plus dense que les soies flottantes et plus fines de diametre à poids égal, ce type de soie permet de lancer un peu plus loin et surtout de “passer” dans le vent quand ce dernier gêne les lancers. La Wood N°1 et N°2 (modèles léger et moyen) sont en fait des cannes à une main et demi. C’est d’ailleurs ce que leur concepteur dans les années trente avait demandé à Hardy de réaliser. Mission parfaitement accomplie il y a plus de soixante-dix ans et aujourd’hui j’utilise ces cannes chaque fois que sur une grande rivière type Tay ou Kola, il faut lancer assez loin et combattre des poissons approchant ou même dépassant les 10 kg. Les viroles de ces cannes sont du type breveté “Lockfast” et ne se séparent jamais en action de pêche, même en lançant en spey cast de façon un peu appuyé.. Comme elles sont rendues auto-blocantes par un système d’ergot coulissant dans une gouttière en spirale, je graisse les parties mâles avec un peu de Mucilin et je n’ai ainsi jamais de problème de démontage, même quand elles sont restées assemblées toute une semaine.
Pour ce qui est des cannes en refendu à une main, inférieure à 10pieds, nous avons là encore l’embarras du choix. Pour les petits saumons islandais, je trouve parfaite la PPP « longcast » (type Claude Batault) de Pezon qui pour une longueur de 8 pied 7 pèse 169 g. Un peu plus forte la Critérium toujours de chez Pezon en 9 pieds pèse 205 g . Ce modèle réalisé dans les années cinquante pour les lanceurs de compétition est très puissante et permet avec une shooting head de 8 m réalisée à partir d’un fuseau décalé (WF) de soie n°11, de lancer assez facilement à une trentaine de mètres. Avec cette canne, j’ai combattu sans problème, en juillet dernier un saumon de 11 kg sur la Kola et plusieurs de 9 kg. Elle est toutefois, bien que plus légère de 60 g que la Wood de 12 pieds, un peu plus fatigante à utiliser que cette dernière. Une autre de mes favorites cannes à une main est la Hardy « Tourney », (encore une canne de compétition) elle aussi en 9 pieds et qui ne pèse que 190 g. Elle est parfaite pour pêcher en « riffling hitch » ou en sèche avec de petits bombers. Dans les modèles français spécialement destinés au saumon, citons la Parabolic grilse de 10 p 5 et la parabolic saumon de 12 pieds. Ce sont toutes les deux des cannes puissantes, qui conviennent parfaitement même pour capturer de gros poissons. Sur l’Alta, Charles Ritz a pris plusieurs saumons de plus de trente livres avec la 12 pieds Parabolic. Les modèles Parabolic de Pezon de 14 et 14 pieds et demi sont à moins que vous ne soyez versé dans l’haltérophilie, trop lourds à mon avis, pour une puissance que rien ne justifie. Moulinets anciens et de collection à la pêche. Pour les moulinets, souvenons-nous que pendant plus de cent ans, soit de 1860 à 1960, des dizaines de milliers de gros et même de très gros saumons ont été capturés dans les îles britanniques ainsi qu’en Norvège, alors que les freins n’existaient pas sur les moulinets à mouche. Sur certains modèles comme les gros Perfect, seul un régulateur de tension, permettait d’ajuster une petite pression sur le cliquet. En cas de démarrage brutal et prolongé d’un saumon, c’est en utilisant ses doigts ou la paume de sa main que le pêcheur devait ralentir la folle course du poisson. Et quand on voit la formidable série de saumons de plus de 50 livres qui ont été pris en Ecosse (sur la Tay et la Tweed surtout) entre 1880 et 1910, il faut croire qu’un bon cliquet, tout juste suffisant pour empêcher l’emballement de la bobine, permettait de tels exploits, Et comme les officiers de la Reine Victoria et les Lords du Royaume n’avaient pas les phalanges cassées en permanence, on doit admettre qu’ils devaient savoir se servir d’un moulinet sans frein. Je l’ai dit et je le répète, pêcher le saumon à la mouche avec un moulinet équipé d’un frein progressif, indéréglable et sophistiqué du type de ceux qui équipent les Bogdan, Billy Pate, SeaMaster et autres Abel, ne laisse aucune chance au poisson. Quand nous parlons de pêches sportives, rappelons nous que c’est ce dernier qui a l’hameçon dans la bouche et que diantre, n’ayons pas peur de nous cogner un peu durement les phalanges sur un retour de manivelle….
Je ne pense que l’on ait jamais fait mieux, question esthétique, fiabilité et durabilité, en matière de moulinets à mouche que les modèles Hardy fabriqués entre 1920 et 1960. Qu’il s’agisse des Perfect, Saint-John, Saint-George, voire même des Uniqua, ces moulinets sont des merveilles de design, de simplicité et de fiabilité. Leurs axes et engrenages en bronze sont inusables et leur confèrent tout juste le poids nécessaire à l’équilibrage des cannes en refendu. Si vous préférez pour équilibrer une canne en carbone des modèles plus légers, la série des « Lightweight » toujours de chez Hardy, fabriqués entrez 1950 et 1970 sont absolument parfaits. Que ce soit les modèles à truite, Featherweight, LRH, Princess (ce dernier modèle convient parfaitement pour les grilses et les petits saumons), ou ceux à saumons Saint Aidan, Zénith ou Saint Andrew, ces moulinets, n’ont pas pris une ride une demi-siècle après leur creation.. Le Zénith est absolument parfait pour équiper les cannes à une main de 9 à 10 pieds. Mais ne me parlez pas de la série des Marquis, qui même s’ils furent un immense succès commercial (grace à un bon marketing) ne sont, à mon avis, avec leurs cliquets en plastique, pas dignes de la maison Hardy. Que ce soit dans les ventes aux enchères spécialisées en materiel de pêche ancien et de collection, en France, ou en Angleterre, ou sur e-bay, vous trouverez à des prix trés raisonnables des dizaines de ces moulinets Hardy. Un modèle de la série Lightweight se négocie généralement autour de 120 à 200 euros selon son état, soit moins cher que la plupart des marques modernes que le commerce propose actuellement. Pour un bon Perfect, compter entre 300 et 450 euros. C’est d’ailleurs aux memes adresses que vous pourrez vous procurer des cannes en refendu. Si les modèles “truite” à une main, surtout les PPP chez nous, sont assez recherchés et atteignent quelquefois à Drouot des prix assez élevés (entre 400 et 600 euros quand elles sont en parfait état), les modèles “saumon” à deux mains ne trouvent guère d’acquéreur et entre 200 et 400 euros vous trouverez des Wood, des Wye ou des modèles de chez Sharpe’s ou Farlow, en parfait état. Quand on compare ces prix avec ceux des cannes en carbone de marque américaine ou anglaise que le commerce nous propose actuellement, je les trouve personnellement plus que raisonnables quand on sait les heures de main d’oeuvre et de savoir-faire que leur construction a nécessité. Bien sûr il vous arrivera de casser un scion, mais ce type d’accident se produit également avec les cannes en carbone, et ces vieilles cannes en refendu sont presque toujours proposées avec un scion de rechange. Question entretien, même quand elles paraissent “comme neuve”, à l’achat, je leur repasse toujours une ou mieux deux bonnes couches de vernis gras, avant de les utiliser. Bien évidemment après chaque saison de pêche et avant de les ranger pour l’hiver, un autre vernissage est conseillé. La meilleure marque de vernis que j’ai trouvé (au BHV) est Le Tonkinois en pot de 0,25 l. Ce vernis imperméable et anticorrosion est d’ailleurs homologué par la Marine Nationale, c’est dire!!. Il faut également toujours vérifier le bon état des anneaux de tête de scion et de départ qui sont souvent en agate et les remplacer par des anneaux “chromés durs”, s’ils sont ébréchés. Voila, et reconnaissez que ces petits soins d’entretien ne sont guère compliqués, ni fastidieux en regard du plaisir de lancer et de travailler un saumon avec ces merveilleuses cannes. |