La rivière Kola, ou un rêve devenu réalité

Par Bernard Lunel
Bernad LunelDepuis des années, j’hésitais à pêcher la rivière Kola. J’avais entendu dire que sa proximité (60 km) avec Mourmansk en avait fait la rivière la plus braconnée de la péninsule, que les paysages étaient dégradés, que les guides n’y étaient pas trés professionnels mais qu’en revanche, la Kola était remontée par les plus gros saumons de Russie.
Aussi, après avoir pêché l’Umba, la Rynda et la Yokanga où j’avais pris un 17 kg en 2004, me suis-je décidé cette année à essayer la Kola. 
Arrivée au lodge le samedi 16 juin. Accueil trés chaleureux des guides et du personnel. Les chalets individuels avec toilettes et salles de bain privées sont trés propres et parfaits. Les repas sont de bons à trés bons. Les paysages de bord de rivière ne sont certes pas aussi “sauvages” que sur les autres rivières de la Péninsule accessibles uniquement par hélicoptère. Ici, la route Mourmansk-Saint-Petersbourg passe dans la vallée à quatre ou cinq kilometres de la rivière et comme dans les gorges de l’Allier, la voie de chemin de fer longe la rivière sur de nombreux pools.
Cinq à six fois par jour, trains de voyageurs et de marchandises se succèdent sur la voie unique.  Mais  je ne suis pas venu ici pour compter les wagons, mais bien pour prendre un gros saumon.


Avant le diner, j’ai jeté un coup d’oeil dans le livre des prises. La semaine précédente 14 pêcheurs ont pris 180 saumons, ce qui ne fait qu’une moyenne de 12 à 13 saumons par canne, certes, mais quand on regarde les poids inscrits: soixante saumons entre 20 et 30 livres,  dix entre 30 et 40 et un quarante et une livres. Le plus petit de la semaine était un “minus” de dix livres. (Il est possible d’avoir accès à tous les resulta ts de la Kola, depuis la fin mai jusquà la fin juillet sur le website www.lax-a.is)

En cette troisième semaine de juin, la météo est extremement changeante. En fait le printemps ici ne dure que quelques jours et nous passerons de la fin de l’hiver à l’été au cours de cette semaine. Du vent, de la pluie presque toutes les nuits, ce qui maintient les niveaux trés hauts, et produit meme une bonne crue à partir du mercredi. La pêche dans ces conditions fut assez difficile, mais bonne surprise, de trés nombreux pools sont tout simplement d’anthologie. Monica par exemple, dont je ne vois pas d’équivalent sur aucune grande rivière ecossaise ou norvégienne que je connaisse. J’aurais été ravi en fait d’en pêcher les immenses pools, au wading facile, avec sa petite île pour se reposer, toute la semaine, sans changer de beat…

Bien sûr, j’ai vu des braconniers en arrivant sur certains pools le matin, mais ils vous laissent la place sans barguigner en oubliant quelquefois des crevettes sur le bord…A propos du braconnage (qui est  notoire sur toutes les rivières de la Péninsule) j’ai une histoire drôle à raconter. Avec mon compagnon de pêche (nous sommes deux pêcheurs sur chaque beat avec chacun un guide et un bateau), nous arrivons en fin de journée sur le parcours aval de la rivière Kitsa qui est le principal affluent de la Kola. Trois splendides pools se succèdent à l’aval d’un vieux pont de bois couvert. Nous dérangeons dans le pool du milieu,  un “braconnier” au lancer, qui disparait dans les bois quand il nous voit arriver. Son guide propose à mon partenaire de pêcher ce pool, mais il s’y refuse et prèfère remonter sur le pool du pont. Aussi j’hérite du pool que moins de trois minutes auparavant notre “ami” russe peignait à la cuiller. Eh bien au deuxième lancer, je ferre et sort un splendide 9 kg tout blanc couvert de poux de mer et vingt minutes plus tard, sur le meme pool je perdrais à l’épuisette un autre splendide poisson estimé à 10/11 kg. La cuiller me dit mon guide, les ennerve, mais ils préfèrent de trés loin prendre les mouches….

Depuis le début de la saison (fin mai cette année) jusqu’à la troisième semaine de juin, la Kola a produit quatre saumons pesant entre 40 et 44 livres anglaises. Soit un trés gros saumon par semaine. Exception faite, les bonnes années de l’Alta, aucune autre rivière à saumons atlantiques dans le monde ne peut s’enorgueillir de tels resultats
Avec un tout petit peu de chance, tous les pêcheurs en juin sont pratiquement assurés de ferrer au moins un poisson de plus de trente livres par semaine….Le sortir, est, quand les eaux sont hautes, une autre affaire.

J’estime donc avoir eu un peu de chance moi-même, puisque l’avant dernier jour de mon séjour, en lançant depuis le petit bateau pneumatique dans l’immense junction pool de la Kola et de la Kitsa (rivières en fin de crue ne l’oublions pas), je ferre un poisson que je ne vois pas et qui moins de deux minutes plus tard s’engage sans hésiter dans l’immense rapide qui descend vers le “Serious pool”. Mon guide avait heureusement eu le bon reflexe dès après le ferrage, de me ramener vers la berge rive droite, où deux cent metres derrière le poisson, je pus descendre et suivre sur le bord, autant que mes chevilles me le permettaient. Environ trois cent metres de rapide, dans des blocs de rocher gros et lisses comme des twingos  Après une bagarre d’environ cinquante minutes, Alex, mon excellent  guide pouvait enfin faire entrer dans sa grande épuisette, un immense lingot d’argent de 44 livres soit trés exactement 20 kilos. Ce poisson était couvert de poux de mer, don’t certains présentaient encore leurs longues queues (en fait les sacs ovariens des femelles, qui se détachent en principe au bout de 24 h en eau douce), alors que le poux lui-même peut rester accrocher deux à trois jours.

Aprés mon 13 kg de l’Umba et mon 17 kg de la Yokanga, je réalisais enfin mon rêve de prendre un saumon de 20 kilos.
De retour au camp, nous fêtames ce poisson, que j’avais bien sûr relâché après la photo d’usage, au champagne (je ne voyage jamais sans en emmener deux bouteilles).
Et je vais maintenant vous confier un secret: je retournerai l’année prochaine sur la Kola  la troisième ou quatrième semaine de juin, car je sais qu’un poisson de 50 ou pourquoi pas 60 livres m’y attend. Sur le parcours public de l’aval de la rivière, un poisson de 32 kilos a été pris à la cuiller en juin de cette année…….